Xico, État de Veracruz, Mexique
02 mai 2009
Je viens de planter ma tente.
En face d’elle, la sonorité du ruissellement de la rivière orchestré par un camaïeu d’un vert sauvage.
La fatigue mécanique a eu raison de mon appareil photo. Je me retourne donc vers la plume ou plus précisément vers la pointe de mon favori feutre noir afin de laisser une empreinte des jours que composent ma vingt-quatrième année.
Je suis, je ne devrais pas dire tout seul car les oiseaux, la légère brise et l’eau douce forment un contexte agréable à cotoyer. J’aimerais pouvoir décrire ou retranscrire au plus proche ce que je suis en train de voir donc de vivre. Le village que j’ai traversé avant d’emprunter ce chemin caillouteux menant jusqu’ici m’a semblé être un lieu de vie auquel je n’ai jamais eu à faire. Demain me le confirmera ou non. Sembler car la nuit approchant, il me fallait filer efficacement à un lieu propice à l’étalage de ma carapace rouge.
Je souhaiterais développer cette manière de voyager. Aussi bien dans la pratique que dans sa théorisation. En effet, prendre un autobus, dans lequel vous êtes l’unique non-autochtone, y être près d’une heure debout en essayant de gêner le moins possible le passage dévolu à une personne. Une certaine gymnastique avec pour agrès votre sac à dos de voyage. (Au futur, j’utiliserais le mot hispanique “mochila” qui transpire plus l’idée de voyage sur le dos.) Descendre quand bien vous prend ou comme ici, au terminal. Marcher dans la direction que bon vous semble en commençant par observer les endroits susceptibles d’accueillir une tente à l’abris des regards. Campement sauvage. En l’occurence cette fois-ci le terme est approprié car il m’a fallu non pas enjamber mais passer au travers de l’inter-fil de trois barbelés pour bénéficier de cet endroit enviable par son caractère reposant et naturel. Herbe, roche, arbre, eau, ciel, terre, oiseaux, et probablement moustiques dans un futur proche.
Ne dépenser de l’argent que pour se nourrir. Voilà un principe qui peut faire de votre voyage une source de surprises. C’est donc par le pouce levé que je poursuivrais. Cette fois-ci, j’ai pris un bus. Il m’a certes coûté moins d’un euro mais ici n’est pas le propos. Économiser, pour mieux se confronter à un certain type d’inconnu. Il y a une heure, cet endroit était exogène à mon esprit. Loin d’ici les réservations d’hôtels effectuées grâce à des photos qu’on a jugé suffisamment démonstratrices du confort auquel on allait se frotter. Ici le confort, c’est la satisfaction ne pas connaître l’endroit où nos rêves émaneront de notre esprit sous une tente. Il n’est pas question d’insécurité ou de peur de l’inconnu. Il est question d’un mode de voyage et non pas d’une voyage à la mode. Le soleil se couche et les moustiques semblent vouloir lire par dessus mon épaule. Celle-ci va aller se protéger des possibles piqûres…
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Viejo Xico, État de Veracruz, Mexique
03 mai 2009
Durant la nuit, j’ai jeté un œil en dehors de mon châlet de tissu imperméable car je n’arrivais à rencontrer le sommeil. (Je me remémorais tout un tas de choses, sans nostalgie aucune, au contraire avec félicité). Éclairée fut ma surprise quand j’assistai au spectacle lumineux d’une troupe de lucioles. De souvenir, je n’en avais jamais vu autant encore moins aussi luminescents. C’est souriant que je saluais le marchand de sable.
Réveillé au petit matin, je déguste cette vue canionesque en attendant que la tente ne se sèche de la rosée. Point ne fallait trop attendre car éviter les problèmes liés à la propriété privée est une chose à laquelle il faut prêter attention. Je la ferais sécher dans la journée. Me voilà parti, mochila sur le dos en empruntant le chemin ascendant. M’enfoncer dans la campagne, en m’éloignant donc de Xico. Sur le chemin je croise quelques hommes moustachus ornant leur couvre-chef en paille, accompagnés de leur âne porteur d’une demi corde de bois. Je leur demande la destination de ce chemin. Une communauté.
C’est alors que je grimpai durant deux heures. J’aime cela, lever mon t-shirt et sentir le vent sécher la transpiration de mon ventre velu. Me demander que va proposer “l’après-virage”. En effet la courbe plus que la rectiligne. Plus d’étonnement. Apparition d’un volcan enneigé, d’une vue surplombant une vallée, d’une vache grise se prenant pour une fière spartiate sur son rocher, etc…
Après avoir parcouru un certain nombre de lacets, je me décide à lever mon pouce. Peut-être que la deuxième voiture de la journée s’arrêtera. Ce fut chose faite avec une camionette rouge. Je monte par l’accès d’une porte coulissante et me voilà parmi des centaines de bouteilles de des dizaines de bidons contenant, je l’apprends en me retournant vers l’arrière où une affichette indiquait le prix du chlore et autres produits chimiques. Drôle de véhicule. Ils s’arrêtent à l’entrée de la communauté. J’ai soif, je cherche de l’eau. Une première personne me remplit la moitié de ma bouteille. Je la remercie et observe un homme descendant de son âne avec 2 pots à lait en aluminium et entre dans un abri. L’homme moustachu avec son chapeau en tiges de blé me demande quelle quantité de lait je veux. D’un trait je bois l’eau et lui demande de remplir la bouteille jusqu’à sa moitié. Le lait était tiède, traie du matin. Je poursuis mon chemin et un jeune homme me demande d’où je viens . On parcourt une paire de mètres ensemble jusqu’à ce qu’il me fasse passer par son jardin. Plus facile d’accéder jusqu’au sommet arrondi sur lequel mes pieds s’aèrent actuellement. Une vue imprenable. Je savoure. Le temps se couvre…
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Le soleil va bientôt se coucher, Xico
03 mai 2009
Je suis redescendu à pied. Le temps d’indiquer à une voiture remplie de 4 jeunes hommes me demandant s’il y avait la police plus haut sur le chemin, je leur affirme que non, pour me remercier, ils m’offrent des champignons hallucinogènes. Je refuse gentillement. Vers la fin de la descente, je rencontre Breni, une habitante de Xalapa venue cueillir elle aussi quelques champignons… Nous avons marché jusqu’à Xico, elle m’a offert une délicieuse glace artisanale de coco. Sa mère lui dit tout le temps qu’on ne peut pas tout connaître, apprends à connaître ce qui te correspond, ce dont tu as besoin… Parole à mettre en réflexion, comment savoir si ce n’est qu’en le découvrant… Longue disserte à envisager.
Toujours est-il qu’ensuite, je suis rentré dans la cour d’une église pour faire ma toilette. La sueur qui collait à ma peau devait s’en aller, ce fut chose faite. Après cela, je me décide de sortir du village pour lever mon pouce pour Xalapa. Je décide juste avant de découvrir la place du marché comme j’aime à connaître dans ces villes latino-américaines. Après deux quesadillas et un verre d’eau d’orange, je me décide d’appeller Chompis, un ami de Rafa, chez qui je pouvais passer la nuit à Xalapa. Sur mon chemin, je vois un écriteau “cascades de Texalan”. Il ést encore tôt, j’ai le temps de descendre avant de me mettre à faire du stop. J’interromps la marche d’un père de famille aux cheveux longs pour prendre connaissance de la distance de ces cascades. Il me dit qu’il est un peu tard. Il appelle sa femme Claudia. Elle me déconseille d’y aller. Il paraîtrait que la nuit tombée, des assailleurs rôdent…
Je leur demande donc où serait-il possible de camper. Elle me répond soit près de la rivière soit dans son jardin. Je pars avec Laure (prononcer laorai) déposer ma mochila dans le salon de leur maison, avant de descendre ce versant de la rivière que je connaissais pas encore. Bien leur en a pris de m’orienter vers ce lieu car après une descente égale à celles que l’on peut rencontrer pour accéder à une crique, j’ai découvert cet endroit à l’ambiance humide et sèche à la fois. J’ai adoré ce lieu.
Je me suis assis sur un rocher qui avait inévitablement la forme de mes 2 fesses réunies. Je me sentais plus qu’à mon aise. C’est ainsi que je me suis mis à méditer avec pour paysage une cascade, une végétation tropicale d’un vert amazonien, une grosse pierre sphérique de plus de 4 mètres de hauteur.
J’étais dans le ventre de la savane. À chaque pierre fleurtant avec l’eau, une gueule d’animal. Beluga, chien, éléphant, lion, salamandre, cobra, hippopotame, chien, tortue… et j’en oublie. Mon esprit divaguait.
Je me lève pour trouver d’autres faunes téluriques. Le concepteur de la pierre épouse de mon fessier, eut la bonne idée de tailler un second rocher à une centaine de mètres aux proportions de mon corps semi-alongé.
D’une minute à l’autre, une pluie torrentielle s’abattue, À mes côtés, un arbre au tronc paraissant vouloir embrasser la rivière me servit d’abri et de point de contemplation à ce chapitre de la journée.
Merveilleux moment que d’être seul et assister à une pluie tropicale avec ce décor.
Après une petite sieste au soleil, je me décide à remonter.
Me voilà à présent, sur un siège-banquette avec accoudoirs bleus et assise en paille dans le jardin de ce couple mexicano-espagnol, à regarder le soleil se coucher derrière des neiges éternelles en attendant de profiter de leur matelas bleu-gris situé dans leur salle à manger…